COUPS DE COEUR DES BIBLIOTHECAIRES

Coups de coeur des bibliothécaires : 

Elles lisent pour leur plaisir, évidemment, mais pour le vôtre aussi
Voici leurs coups de coeur :
nouveautés, livres oubliés, perles rares et coups de foudre…

 

pisier_laurent Evelyne Pisier et Caroline Laurent  Et soudain, La Liberté Ed. Les Escales 

Un très beau roman , d’une lecture passionnante et d’autant plus enrichissante qu’il aborde de nombreux thèmes encore d’une grande actualité.
Et soudain, la liberté est à l’origine d’une collaboration entre Évelyne Pisier et Caroline Laurent, son éditrice. Mais cette rencontre sous le signe d’une belle amitié va inciter Caroline Laurent à poursuivre l’ oeuvre interrompue par le décès de l’auteur. Ce roman qui retrace à la lumière de sa mémoire d’enfant, la vie de la mère d’Evelyne Pisier, va prendre un nouvel éclairage avec la participation exceptionnelle de Caroline Laurent, qui par fidélité à cette amitié et à la promesse d’achever le roman, va s’impliquer personnellement. D’abord en commentant son rôle d’éditeur, en comblant des lacunes historiques ou les imperfections romanesques, quitte à inventer des scènes, des dialogues, voire des personnages, comme Marthe la bibliothécaire de Nouméa, qui va aider par ses conseils de lecture, Mona, la mère d’Evelyne à s’émanciper avec Le Deuxième sexe, Thérèse Desqueyroux , à se libérer d’un mari pétainiste, maurrassien violent, colonianiste… qui méprise autant les indigènes que les femmes, que sa propre femme et sa fille à qui il refuse études supérieures, loisirs, divertissements… comme si à l’instar de Mona « le permis de conduire cautionnait le permis de mal se conduire »!
Le roman est passionnant à plusieurs titres : cette traversée de l’Histoire du XX ème siècle qui révèle la vie mondaine, bourgeoise, des expatriés à Saïgon, les mentalités colonialistes, machisme, tyrannie paternelle et conjugale, colonialisme, antisémitisme, racisme, cause féminine, homosexualité, anti-totalitarisme, sans compter les les multiples bouleversements que vont entraîner les guerres coloniale : emprisonnements, sévices, exils et nouvelle affectation en Nouvelle-Calédonie . Autant de causes à défendre pour Evelyne Pisier, qui va s’engager ultérieurement de façon encore plus militante en épousant la cause des révolutionnaires.
Au fil des pages, Caroline Laurent parle en son nom, tant les souvenirs d’Evelyne et de Mona sont semblables à ceux qu’ont vécu sa mère et sa grand mère à l’Ile Maurice : «  plus j’avance dans le livre, plus je perçois les correspondances avec ma propre mère » ces mères frustrées de ne pas avoir pu faire d’études, ont incité les filles à réussir brillamment. Peut-être cet impératif de réussite est-il le moyen de garder un lien fort avec les mères, comme l’éditeur avec l’auteur, comme l’ écrivain avec ses lecteurs . Telle est la force de conviction de Caroline Laurent, telle est la puissance de son écriture simple, tellement en osmose avec celle d’Evelyne Pisier qu’elle en devient plus incisive, plus fougueuse, comme un défi à la mort et au pouvoir des mots et des livres . Bel hommage à la femme, à la littérature par cette approche romanesque qui transforme une vie en destin, qui fait de ce témoignage un très beau roman initiatique ! S.D. 19/03/18

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Soeurs Bronte Laura EL Makki  Les Soeurs Bronttë Taillandier
Le sujet choisi est très riche et a été l’objet de nombreuses recherches universitaires ; Pourtant Laura El Makki a su l’aborder de façon originale et actuelle : elle l’ exprime dans la préface :
« Ceci n’est pas un livre féministe : c’est un livre féminin. »
Si son objectif est d’essayer de faire pénétrer le lecteur dans l’univers assez exceptionnel de cette famille et de mettre en évidence comment leur enfance marquée par le deuil, l’absence de mère, l’austérité d’un père, révérend dans un village hostile, la violence des paysages des landes du Yorkshire, a crée des liens d’affection très forts dans cette fratrie, isolée du monde.
Charlotte, Emilie, Anne et Branwell fascinés d’abord par les contes qu’ils ont entendu raconter par leur père, vont se rapprocher par la lecture, puis incités à créer un univers imaginaire dans leurs « jeux insulaires », ils vont écrire à révéler progressivement leurs talents individuels, sans conflit apparent, pour résister à l’adversité, survivre à l’ennui et échapper aux dures contraintes du pensionnat.
Par ailleurs Laura El Makki s’interroge en scrutant archives, dessins, manuscrits, sur le sort d’Anne : certes la plus jeune, mais toujours dans l’ombre, la raison d’être du livre est de mettre en lumière celle, sans qui, l’harmonie de la fratrie n’aurait peut-être pas existé, celle qui aurait une écriture la plus féminine, mais dont il reste peu de traces. Y aurait-il eu fêlures, conflits larvés, jalousies… dans cette fratrie , animée par la passion de Charlotte à vouloir exister ?
C’est aussi un éclairage moderne sur les répercussions psychologiques, voire psychanalytiques des relations familiales au sein d’un environnement hostile, sans pour autant sombrer dans la tristesse romantique, comme on l’a longtemps supposé. Mais pour surmonter les coups du sort par l’amour de la vie , le désir de donner sens à l’existence, explorer les possibles de la création, Laura El Makki souligne combien les Soeurs Brontë furent convaincues que la littérature peut aussi être une affaire de femmes même s’il leur a fallu accepter de passer par un pseudonyme masculin pour être éditées.
Cet ouvrage est un beau travail de vulgarisation qui se lit comme un roman, sorte d’incitation à la relecture et à une meilleure perception des chefs-d’oeuvre qui ont enchanté notre adolescence : Jane Eyre ou Les Hauts de Hurle-vents. Les références à la documentation par des notes en fin d’ouvrage, ne sont pas fastidieuses et n’interrompent pas la lecture, mais par l’illustration , titillent notre envie d’en savoir davantage sur le devenir de cette fratrie. S.D.10 /03 /18

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Delphine MinouiLes Passeurs de livres de Darayaune bibliothèque secrète en Syrie  Editions du Seuil 2017
Tout est parti d’une photo que Delphine Minoui trouve sur une page Facebook : elle représente des jeunes entourés de murs de livres dans une pièce sans ouverture sur l’extérieur. La légende explique qu’il s’agit d’une bibliothèque secrète au cœur de Daraya, ville située dans la banlieue de Damas qui a été, pendant 4 ans, le siège implacable du régime de Bachar el Assad.
Très intriguée, elle décide d’entrer en contact avec ces jeunes par l’intermédiaire des réseaux sociaux et c’est ainsi qu’une correspondance va s’établir par Skype avec Omar, Ahmad, Shadi et leurs amis.  Leur quotidien : 80 bombes par jour, pas d’eau, pas d’électricité, peu ou pas de nourriture mais des livres. Au risque de leurs vies, ces jeunes  ont réuni 15000 ouvrages exhumés des décombres de la ville qu’ils ont rassemblés dans un local clandestin, sous-sol éloigné de la fenêtre de tir des assaillants.
Ils ont entre 21 et 30 ans, ils font partie de l’élite puisqu’ils ont eu accès à l’université et pourtant ils n’ont jusque-là connu qu’une pensée unique. Alors la guerre va leur apprendre à lire. Ils vont découvrir la  philosophie arabe et occidentale, les romans, le théâtre, les manuels de développement personnel qui vont leur donner des clés de survie.  C’est la première fois de leur vie qu’ils vont avoir accès à une telle diversité. Le livre va devenir  une arme d’instruction massive et les mots vont constituer une résistance pacifique face à la tyrannie du régime. Ils iront même jusqu’à créer une université clandestine par le biais d’un site internet qui leur permettra d’échanger avec des savants de tous horizons.
Chaque jour, ils partent au combat car ils ont fait le choix des armes pour combattre le régime et l’après-midi ils se retrouvent à la bibliothèque pour lire. L’un d’eux sera surnommé le poète de la gâchette : la kalachnikov dans une main, un livre dans l’autre. C’est l’opposition entre la beauté des mots et la violence des bombes.
En fait, ces jeunes représentent une troisième voix entre Damas et Daech. Lire est pour eux une forme de résistance, de refuge, une évasion pour échapper à l’isolement mais c’est aussi un acte politique. Quand on est coupé du monde comme ils l’ont été, le livre est le pont qui va leur permettre de ne pas sombrer dans la violence ni dans la démence.
Malheureusement ces quatre années de siège vont se terminer tragiquement. Ils vont être évacués à 300 km de Daraya, et leur magnifique entreprise clandestine va être saccagée et pillée par les soldats de Bachar el Hassad. Mais dans leur petit baluchon, des livres.
Delphine Minoui grand reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient depuis 20 ans, a obtenu le Prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak et vit aujourd’hui à Istanbul.
Son récit est fort, bouleversant et en racontant l’histoire de cette agora secrète elle confirme que l’on peut détruire une ville, mais pas des idées. Que le livre est une porte d’accès au savoir et à la connaissance. Que pour ces jeunes activistes, il est un supplément d’âme, un professeur, un ami, une raison de vivre d’où sa puissance dans un monde que la guerre abîme et effondre.
Et c’est pour cela qu’elle l’a écrit, pour ne pas oublier que, même emmurés dans leur ville, ces jeunes résistants ont vécu une véritable re-naissance, grâce aux livres.
             MBM le 28/01/2018

 

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Kaouther AdimiNos Richesses Editions du Seuil 2017 Prix du Style 2017
Nous sommes à Alger en 2017 et le livre s’ouvre sur l’itinéraire que l’on doit emprunter pour trouver  les Vraies Richesses, la librairie qu’Edmond Charlot, alors âgé de 21 ans, fonda en 1936 et qui avait pour slogan : « Des jeunes, par des jeunes, pour des jeunes ». Quelle ambition pour ce jeune homme, ami et confident de Camus dont il publiera le premier texte, qui va s’inspirer du beau modèle parisien d’Adrienne Monnier pour en faire un point de ralliement de jeunes intellectuels qui ne sont pas encore célèbres : Jules Roy, Emmanuel Roblès, Vercors, Saint-Exupéry, André Gide, Max Pol Fouchet, Jean Giono, pour ne citer qu’eux. Il se révèle être un découvreur de talents et sa librairie va vite se transformer en « ruche » littéraire et en lieu d’exposition.
Il voulait « une librairie qui vendrait du neuf et de l’ancien, ferait du prêt d’ouvrages, ne serait pas juste un commerce mais un lieu de rencontre et de lecture. Un lieu d’amitié en quelque sorte avec en plus une notion méditerranéenne : faire venir des écrivains et des lecteurs de tous les pays de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion, des gens d’ici, de cette terre, de cette mer… »
Peu le connaissent et savent qu’il a ouvert une maison d’édition à Paris dans les années 1940, que de grands prix littéraires ont été accordés à certains de ses auteurs et que c’est lui qui a « inventé » la quatrième de couverture…
Plus encore, que c’est  un éditeur résistant. Il sait que dans l’Alger conformiste des années 30, le livre est un objet fragile, redouté, séditieux, il connait l’engagement politique de ses amis et auteurs, il sait ce qu’il risque en publiant Gertrud Stein et Vercors pendant la guerre… Pour lui la littérature est une boussole et rien ne l’empêchera de publier l’interdit.
Alors, Kaouther Adimi va marcher sur les traces d’Edmond Charlot et imaginer un journal qu’il n’a sans doute jamais tenu, en mêlant toute l’histoire de son pays, de 1930 à 1962, à celle des Vraies Richesses.
Mais le livre conte une autre histoire : celle du jeune Ryad qui a le même âge que Charlot à ses débuts, stagiaire envoyé par son entreprise pour vider cette librairie devenue une annexe de la bibliothèque nationale d’Alger. Devant le local, veille le vieil Abdallah, mémoire vivante de ce lieu pour qui les livres sont un trésor qu’il doit protéger, respecter, préserver. N’a-t-il pas vécu avec Charlot les riches heures de la librairie
Le jeune homme, qui n’éprouve qu’indifférence pour la littérature est chargé de repeindre ce local au passé prestigieux pour le transformer en boutique à beignets au grand dam du vieil homme qui va lui aussi agir en résistant, mais d’une autre façon…, ce qui n’empêchera pas  une discussion « socratique » entre les deux hommes qui les poussera à réfléchir à leurs actes.
Ce livre de 224 pages se lit à toute vitesse. Il parle d’écrivains, de livres, de librairies, d’éditeurs et de bibliothécaires. Il nous fait découvrir cet aventurier de l’édition, malheureusement méconnu . C’est l’histoire d’un insoumis, malmené par les bouleversements liés aux deux guerres qui l’ont balloté entre Alger et Paris. Il finira ses jours à Pézenas où il ouvrira une petite librairie et en pensant que les Vraies Richesses  avait baissé le rideau, il aurait dit en riant : « peut être qu’aujourd’hui, on y vend des beignets ? »
Rassurez-vous, la librairie est toujours une bibliothèque !
Merci à cette jeune romancière talentueuse dont il aurait été fière de lui avoir rendu ce bel hommage et de nous avoir légué cet héritage littéraire dans le respect de sa devise
Des jeunes, par des jeunes, pour des jeunes
MBM le 28/01/2018
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véronique Olmi Véronique OLMI  Bakhita Albin Michel, 2017,  Prix du Roman FNAC 2017
Véronique Olmi s’est inspirée pour ce roman d’une histoire vraie. Bakhita est une personne bien réelle que le talent de l’auteur nous fait rencontrer au plus près de son humanité.
Elle menait l’existence d’une fillette heureuse dans une famille nombreuse d’un village du Darfour au Soudan. Elle se souvient qu’elle avait une sœur jumelle, que sa mère était très belle et son père aimant. Un jour des cavaliers ont fondu sur le village, le mettant à feu et à sac. Ils sont repartis avec les jeunes, garçons et filles, dont sa sœur ainée. Deux ans plus tard, sans doute en 1876, elle a alors environ sept ans, elle est à son tour enlevée. Le traumatisme est si grand, les deux ravisseurs la maltraitent tant qu’elle en oublie son nom de naissance. Elle ne le retrouvera jamais. Elle est vendue à des négriers arabes qui l’appelleront Bakhita « la chanceuse », ironie glaçante.
Bakhita connaît les chaînes, le fouet, les privations, le raffinement de la cruauté de ses différents maîtres. Bakhita est belle, c’est une malédiction. Elle tente de survivre en se remémorant ce que disait sa mère « ma petite fille, elle est douce et bonne ». Comment grandir douce et bonne quand on vit un tel calvaire, quand on ne peut compter sur personne, ni aider personne ? Bakhita interroge la nuit, la lune et les étoiles. Elle laisse s’envoler dans le ciel son cœur oiseau pour tenter de supporter la souffrance et la honte.
En 1882 Bakhita est remise en vente. Elle a maintenant environ 13 ans. Cette fois la chance lui sourit : elle est achetée par le Consul italien à Khartoum. Cet homme bon rachète des esclaves et essaie de les rendre à leurs familles. Bakhita ne retrouve aucun souvenir concret. Elle le supplie alors de l’emmener avec lui dans sa famille en Italie. Il accepte car elle est débrouillarde. Calisto Legnani sera un des derniers européens à traverser le désert après la chute de Khartoum le 26 janvier 1885.
A l’arrivée cependant le Consul la donne à un couple d’amis vénitiens. Bakhita se sent trahie ; elle doit à nouveau se taire et s’adapter. Grande et très noire de peau, elle est « la moretta », le diable qui fascine et fait peur. Quant à elle, elle remarque la pauvreté, et la détresse des enfants qui ont faim ici aussi et qu’elle aimerait tant consoler.
Placée quelques mois par sa maîtresse chez les Sœurs de la Charité Canossienne, Bakhita refusera de toutes ses forces de quitter la congrégation. Elle se sent chez elle auprès de ces religieuses attentives qui l’éduquent et lui font découvrir un Dieu qui l’aime telle qu’elle est. Ce n’est qu’à l’issue d’un procès retentissant intenté par ses maîtres que fut reconnu à Bakhita le droit de choisir sa vie.
Baptisée, puis humble religieuse au service des plus pauvres et surtout des enfants malheureux et des blessés de guerre, elle connut les deux guerres mondiales et mourut en 1947.
Sœur Joséphine Bakhita fut canonisée par le Pape Jean-Paul II en octobre 2000.
Dans ce roman bouleversant Véronique Olmi donne une voix et une présence remarquable à cette femme dont le destin tragique et les souffrances n’ont pas détruit l’espérance et l’humanité profonde. La narration au présent, au plus près de son parcours intérieur, de ses souvenirs, son courage, son empathie pour ceux qui souffrent, nous la rend extrêmement proche. Les enfants volés et les razzias sont hélas toujours d’actualité… Bakhita, ou plutôt Sœur Joséphine Bakhita, « la petite mère noire » reste un mystère de bonté, de beauté, et de lumière qui rayonne. C’est une belle rencontre !  E.G. 23 /11/ 17
 Comment Baptiste Prix
 Alain Blottière  Comment Baptiste est mort  Gallimard 2016 . Prix Décembre 2016
Attention,lecteur,voici un livre bouleversant !
C’est un roman qui alterne dialogue et récit .
Le dialogue a lieu entre un psychothérapeute, -on ne saura pas son nom- et Yumaï, un adolescent rescapé d’une prise d’otages, dont le véritable nom est Baptiste . Le récit, lui, renvoie au passé récent de Yumaï, celui de l’enlèvement suivi de la séquestration de sa famille , quelque part, dans le désert , au Sahara ou au Moyen-Orient, par un groupe de djihadistes . Cette séquestration a duré plusieurs mois -rien n’est certain- sous la surveillance constante des terroristes . Yumaï en est le seul rescapé , les autres otages étaient sa mère, son père, ses deux petits frères . Au moment de l’enlèvement, Yumaï avait 13 ans, il en a 14 désormais .
Les échanges entre le garçon et le « débriefeur »-appelons-le ainsi- sont difficiles .Le garçon est en partie amnésique, mais, par ailleurs, il se refuse à révéler un certain nombre d’éléments, il semble dans un état de « sidération » ,se décrit comme révolté par une mère trop pieuse et un père trop faible, et, surtout, très attaché à son petit frère, Louis . Cela , c’était avant la « séparation ». La séparation,on le comprend, c’est le moment où il n’a plus vu sa famille. C’est la charnière de l’histoire de Baptiste. Mais, Yumaï l’a dit d’emblée,  « Baptiste est mort »…Que s’est-il passé ?
La force du roman repose sur la tension entre ce que le «  débriefeur » veut faire dire à Yumaï, et ce que celui-ci refuse de dire, ou a oublié. Oubli réel ? Pudeur ? Honte ? Crainte des conséquences ? Terreur rétrospective?Avec la plus grande sobriété , dans l’économie des mots, Alain Blottière nous fait palper cette absolue terreur, qui a accompagné séquestration, soif, faim, vexations, sévices, maladie . Le roman ne sombre jamais dans le pathos, malgré l’horreur des faits .
Les événements sont révélés par petites touches, presque impressionnistes, au moment où ils se révèlent à Yumaï lui-même : nous apprenons en même temps que le héros se souvient , c’est pourquoi l’ émotion s’intensifie d’une révélation à l’autre .
Au cours de la narration, sont décrits : les geôliers,leur jeunesse -des enfants pour certains- leur barbarie, mais aussi leurs gestes de tendresse – parfois-, leurs prières, leurs rires, leurs perversions . Tous, consomment ce que Yumaï appelle « les comprimés de courage » , qui les assujettissent et les conduisent à tuer : ils tueront pour ne pas l’être . Les descriptions de paysages sont lyriques et exceptionnelles : le lecteur lui-même se sent au milieu du désert . La langue , très musicale ,se déroule en litanies, grâce à une typographie et des sonorités qui apparentent le roman à un poème.
Nous sommes les spectateurs d’une tragédie poignante, à l’antique, au dénouement inéluctable. Si la première question du psychothérapeute est : tu peux me dire comment Baptiste est mort ? ce n’est qu’ à la toute fin du livre que nous connaîtrons la profondeur de cette tragédie.
Un roman magnifique, inoubliable . E.M. 3/05/17
Prix Décembre 2016

 

 
Jean-Christophe RUFIN – Le Tour du monde du roi Zibeline Gallimard (avril 2017)
 
Faire le tour du monde en un week-end de trois jours… Impossible, me direz-vous ? Je vous répondrai le contraire. Je viens de le faire en compagnie du Roi Zibeline, sous la plume étonnamment romanesque de Jean-Christophe Rufin.
Mais qui est ce roi au nom aussi doux que la fourrure de ce petit mammifère ? Il s’agit du comte Maurice Auguste Beniowski qui fut longtemps l’aventurier et voyageur le plus célèbre du XVIIIème siècle dont les mémoires, écrits en français, ont remporté un immense succès. Supplanté par d’autres navigateurs et explorateurs, il tomba dans l’oubli, bien que son souvenir demeure très présent dans les trois pays qui se disputent sa citoyenneté : la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne. Jean-Christophe Rufin en a entendu parler pour la première fois en Pologne et, passionné par le destin de ce personnage, il a contourné le récit historique grâce à un artifice romanesque : une rencontre entre Benjamin Franklin, père fondateur des Etats Unis d’Amérique, Auguste Beniowski et sa belle compagne, Aphanasie.
Tour à tour, nos deux héros, avec leurs sensibilités propres vont s’emparer de leurs aventures pour les conter à Franklin. L’épilogue nous livrera le but de cette rencontre.
Auguste est le premier à prendre la parole : nous sommes au siècle des Lumières et ce jeune aristocrate hongrois solide et volontaire va apprendre en même temps que le français les idées de son temps grâce à son précepteur venu de Paris. En parallèle, son père veut lui faire suivre une formation militaire et l’initier à l’art de la guerre. Guerres qui le mèneront en prison puis en exil dans les profondeurs sibériennes où il fera la connaissance de la très jeune Aphanasie, fille du gouverneur du Kamtchatka, en deviendra à son tour le professeur et en tombera amoureux. Ils fuiront ensemble depuis la mer de Bering jusqu’à la Chine, le Japon, Formose, Macao puis l’Europe et Paris d’où il sera rapidement éloigné pour une mission d’implantation à Madagascar dont il deviendra roi au prix de nombreux périls.
Cinq périodes vont jalonner ce récit dont tour à tour Auguste et Aphanasie nous conteront les péripéties, aventures, intrigues et périls dont Franklin est avide et attend chaque jour avec joie, impatience et parfois indignation, les derniers détails.
Mais ce n’est pas seulement un roman d’aventure, c’est aussi le roman d’une époque et de l’état du monde, ayant pour décor ce si brillant XVIIIème siècle dans lequel l’admirable Aphanasie qui a suivi Auguste au prix de la destruction du cadre stable de sa vie avec l’inconnu de l’existence d’ errance et de danger, ne trouve pas sa place lorsqu’elle débarque à Paris où toute femme élégante et respectée doit tenir un salon pour exercer la conversation. Là où Auguste brille, Aphanasie reste dans l’ombre. Dans ce combat permanent qu’est la vie mondaine, elle apprend ce qu’est la vanité et l’insolence. C’est grâce au baron Holbach que son parcours va changer, elle va opposer aux idées abstraites et gratuites, celles de l’expérience et de l’observation et c’est avec Diderot que ses celles-ci vont s’incarner. Elle cédera au marivaudage pour faire comprendre à Auguste ses négligences.
Un magnifique portrait d’une femme qui voulait apprendre le français pour lire la Nouvelle Héloïse, aventurière malgré elle, fine psychologue, observatrice et amoureuse et également celui d’un homme qui incarne le devoir, la fraternité, l’autorité et le courage.
Jean-Christophe Rufin nous charme avec une écriture qui a conservé quelques mots désuets et formules anciennes qui en exhaussent toute l’élégance. En débroussaillant le texte original publié à Londres en 1789, et par la magie du romanesque dont il a l’art, il recrée un fabuleux et enthousiasmant récit de voyage, d’aventure et de formation.
Les lecteurs curieux seront comblés !                                       MBM le 16/04/2017
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Trois saisons d’orage de Cécile Coulon (Editions Viviane Hamy- 2017))
 
L’histoire se situe aux Trois Gueules, défilé de roches grises dont les flancs donnent du travail aux hommes de la région. A l’intérieur des terres, le village des Fontaines subsiste grâce à l’extraction de la pierre jusqu’au jour où les Frères Charrier y ouvrent une carrière, absorbant leur concurrent en faillite. Une nouvelle économie s’installe, les fermiers nourrissent les ouvriers que l’on surnomme « les fourmis blanches », le village prospère et ils y fondent même leur propre école.
C’est dans ce village qu’arrive André, jeune médecin, choqué par les affres  de la guerre, qui s’y rend une fois par semaine pour y soigner ses habitants.
C’est dans ce village qu’André va s’installer à 40 ans, rachetant « La Cabane », une belle propriété où il avait été appelé pour sauver un enfant de la mort, en vain.
C’est dans ce village où il n’a pas réussi à attirer Elise, la mère de son fils Benedict, qu’il va décider de le prendre sous son aile et de l’encourager à embrasser la même profession.
C’est dans ce village que Bénédict, devenu médecin à son tour, fera venir Agnès, la belle citadine, pour l’épouser et lui donner une unique fille, Bérangère.
C’est dans ce village que leur famille sera à jamais liée par un secret à une autre famille d’agriculteurs, paysans robustes et bien différents d’eux.
C’est dans ce village que vont se nouer des amours, des amitiés, des joies et des drames.
C’est par la voix de Clément, le curé du village, cet homme qui n’a pas d’histoire mais qui peut raconter la leur que nous allons plonger dans cette saga familiale qui réunit les thèmes de prédilection de Cécile Coulon, l’opposition ville/campagne et la lutte entre l’homme et la nature.
Le style fort, ciselé, précis, empreint du classicisme du roman social du XIXème siècle, enveloppe le lecteur dans une histoire marquée par l’exode rural, les inégalités sociales, la place des femmes et la fatalité des forces contre lesquelles l’homme ne peut rien.
Trois saisons d’orage, trois générations dans le décor des falaises de Trois Gueules : ce  roman puissant et ambitieux confirme la virtuosité narrative de Cécile Coulon dont c’est le neuvième roman… Elle va avoir 27 ans !                                               MBM 11/04/20017
 
 
Adélaïde de Clermont Tonnerre Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Le Dernier des nôtres, une histoire d’amour interdite, à l’époque où tout était permis Grasset, 2016
Le roman débute à Manhattan en 1969. New York est alors la ville de tous les possibles pour qui a de l’énergie, du courage et de l’audace. Werner Zilch est un jeune homme pressé, bien décidé à devenir riche en investissant avec son ami Marcus dans l’immobilier. Werner n’est pas un héritier, il a été adopté à trois ans par un couple de la classe moyenne. Grand séducteur, il mord la vie à pleines dents et se sent maître de son avenir. La rencontre fortuite d’une belle jeune femme artiste et un peu énigmatique agit sur lui comme un électrochoc. Werner a un coup de foudre fulgurant pour Rebecca Lynch, la fille unique d’un des hommes d’affaires les plus riches de New York. Il est prêt à tout pour s’approcher de celle qu’il nomme déjà La Femme de ma vie.
Le deuxième chapitre se passe en Allemagne, en Saxe, en février 1945, plus précisément à Dresde. La ville est alors un champ de ruines ravagées par les incendies. Au cœur du chaos et de la fournaise quelques rescapés de la Croix Rouge essaient en vain de soulager les blessés lorsque deux jeunes soldats apportent au chirurgien sur un brancard une jeune femme agonisante et en train d’accoucher. Avant de mourir Luisa a juste le temps de dire : « Il s’appelle Werner, Werner Zilch. Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres »
Werner ne connaît pas son passé. Il vit à cent à l’heure dans l’effervescence des années 70. Rebecca lui fait rencontrer la jetset new-yorkaise où il croise Andy Warhol, Tom Wolfe, Duke Ellington et tant d’autres. Lorsqu’enfin Rebecca accepte de l’inviter chez ses parents, la rencontre est catastrophique. Werner se sent blessé par l’arrogance de M Lynch et choqué par l’attitude de Judith Lynch. Quel souvenir a-t-il évoqué à cette ancienne déportée ? Quel mal porte-t-il ? Quel passé inavouable interdit leur histoire d’amour ? Werner se retrouve seul avec ses questions car Rebecca a disparu…
Le roman d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre progresse ainsi par une alternance de chapitres et de récits qui permettent au lecteur d’approcher peu à peu de la vérité des personnages. L’auteur maintient le fil narratif entre fiction et réalité historique avec une grande maîtrise du rythme et du suspense. L’énigme du titre ne sera révélée qu’à la toute fin du roman. Le Dernier des nôtres est un thriller qui vous emportera de la chute de l’Allemagne nazie à la conquête spatiale et l’effervescence d’un monde nouveau où les fantômes du passé ne sont jamais très loin. Vous ne le lâcherez pas !
Adélaïde de Clermont-Tonnerre a reçu le Grand Prix du Roman de l’Académie Française 2016 pour Le Dernier des nôtres, une histoire d’amour interdite, à l’époque où tout était permis.     E.G. 23/01/2017
leila-slimani-prix-goncourt-2016

Leila Slimani Chanson douce Gallimard août 2016
Un titre paisible , un roman bouleversant ! Dès le premier chapitre la fin de l’histoire est révélée dans toute l’atrocité de la scène du crime. « Adam est mort. Mila va succomber. » Pas de suspense,et pourtant Leila Slimani ne ménage pas le lecteur , dans un huis clos de plus en plus oppressant qui va se réduire à la chambre des enfants où aura lieu la tragédie , à la manière d’un avocat, elle retrace les diverses péripéties qui permettent de saisir l’inconcevable .
Myriam, a renoncé à son métier d’avocate, pour se consacrer à ses deux enfants qu’elle adore et qu’elle n’a voulu confier à personne, pour mieux les protéger, ressent tout à coup le besoin de reprendre son activité . Le jeune couple se met en quête d’une nounou . Louise fait alors irruption dans leur vie , C’est la perle rare, très vite devenue indispensable par toutes les initiatives qu’elle va prendre dans leur univers quotidien . Paul et Myrian ne cessent de faire l’éloge de celle que les enfants vont adorer, sans pour autant essayer de la connaître davantage . Louise cache bien ses blessures : la mort de son mari, les dettes qu’il a laissées, l’adolescence difficile de sa fille Stéphanie . Aussi apprécie-t-elle la vie aisée facile dans l’appartement du Xè , la liberté dont elle profite, la sensation de faire partie de la famille, puisqu’ils l’emmènent en Grèce dès les vacances . Des relations ambigues de dépendances et de domination vont s’instaurer entre Louise Myriam et Paul . Peu à peu jalousies, rancoeurs, critiques acerbes, haine succèdent à l’euphorie et à l’affection du début . Louise, lassée de ce bonheur de babby-sitter, devient mélancolique, moins patiente avec les enfants et révèle ses fêlures, Paul et Myriam , trop confiants ou débordés par leurs activités, laissent passer des signes inquiétants de violence dans le comportement de Louise ou des enfants . Pourtant la narratrice ne manque pas de les souligner dans le récit rétrospectif , comme des preuves à charge des uns et des autres . Leila Slimani dénonce les modes de vie de notre société : les préjugés de classe, la conception de la famille, de l’éducation, les difficultés de concilier réussite professionnelle et vie familiale, Elle insiste surtout sur , le déterminisme social , le sort des plus démunis, immigrés ou sans papier, des nounous confrontées à des milieux aisés, qui vivent dans un monde parallèle, sans existence visible. Une écriture sèche, concise, pratiquement blanche, pour évoquer le fait divers, ou la descente dans la folie, une écriture, beaucoup plus sensible et poétique pour traduire le monde de l’enfance, l’insouciance des adultes privilégiés, la souffrance d’une mère en état de choc . La construction du roman repose sur d’ habiles oppositions : la fin l’emporte sur le début , Myriam la mère comblée, épanouie dans son métier d’ avocate /Louise la mère par procuration et de plus en plus frustrée, Stéphanie, la fille non désirée et reniée/ Adam /Mila, les enfants choisis et choyés, Myriam et Paul soucieux en bons patrons de ne pas humilier Louise/ Louise victime de leur bonne conscience . Chanson douce, un deuxième roman époustouflant, bien placé sur la liste des Prix littéraires , est un grand livre de la rentrée, qui vient d’obtenir Le Prix Goncourt 2016 S.D 14/11/16

 

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Destiny, Pierrette Fleutiaux – Actes Sud (avril 2016)

Migrant : un mot si souvent entendu sur les médias que l’on rattache à des images poignantes, terrifiantes, d’hommes et de femmes en fuite, entassées dans des embarcations de fortune pour rejoindre des rives plus sécurisantes mais souvent victimes de prédateurs à l’affût. Pour Anne, ce ne sont que des images qui la bouleversent, certes, mais c’est un peu irréel pour elle, confortablement installée dans sa vie parisienne, classe moyenne aisée et éduquée, qui se prépare aux joies d’être grand-mère.

Migrant : ce jour-là, dans le métro, ce mot va rencontrer la réalité, va croiser un visage, celui de Destiny, jeune nigériane de 27 ans, enceinte et totalement démunie.

Tant de différences entre ces deux femmes et pourtant… Celles que tout sépare vont s’apprivoiser, se heurter, se comprendre, malgré de puissantes forces contraires et de sinistres souvenirs pour Destiny, cette lutteuse au prénom porteur de promesse, qui a laissé son pays avec toutes ses désespérances, a traversé la Lybie puis la Méditerranée à bord d’un Zodiac pour arriver en France avec deux enfants et un à naître dans un dénuement total.

Anne va se heurter à la violence de ce passé qu’elle ne comprend pas toujours, se plonger dans les dédales d’une vie misérable et étrangère, mais malgré elle, et comme par déclic, elle va se donner une mission et redonner un vrai sens au verbe aider… pas très éloigné du verbe aimer.

Destiny va devenir sa protégée, même si parfois elle la bouscule dans ses certitudes et la dérange.  Tout est dans l’instinct et la relation est vraiment authentique.

Rapprocher les humains dans une improbable rencontre, contrer l’indifférence que peut générer le spectacle de la misère, sont les sujets essentiels que Pierrette Fleutiaux tente d’aborder dans ce livre fort et lucide.  Merci et bravo, Pierrette, d’avoir eu le courage de nous offrir ce beau récit qui est plus qu’une histoire… une magnifique leçon de fraternité.

Pierrette Fleutiaux sera invitée par notre Association Culture et Bibliothèques pour Tous à l’Hôtel Best Western d’Angleterre le jeudi 24 novembre à 14 h 30.  Je vous rappelle qu’elle est l’auteur d’une œuvre littéraire de tout premier plan, très éclectique et qu’elle fut lauréate du prix Femina pour son roman Nous sommes tous éternels en 1990 et de notre Prix CBPT pour Des Phrases courtes ma chérie en 2002.                       MB.M. 4/11/16

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L’Opticien de Lampedusa, Emma-Jane Kirby – Editions des Equateurs (1er septembre 2016)

L’Opticien de Lampedusa est un homme d’une cinquantaine d’années qui mène une vie honnête et tranquille sur son île dont le nom évoque bien moins que le prince du même nom auteur du Guépard, le souvenir  du terrible naufrage du bateau parti de Lybie, transportant 500 migrants somaliens et érythréens, le 3 octobre 2013 et faisant de ce petit bout de terre, l’asile des survivants.

L’opticien de Lampedusa aime les sardines grillées, les apéros avec des amis et les sorties en bateau. Quelques jours de vacances et ils décident avec sa femme et trois autres couples d’une sortie en mer au large de l’île. Détente, joie de vivre et parties de pêche sont au programme. Ce matin-là, voulant profiter du lever de soleil, il entend des bruits lointains qu’il prend pour des cris de mouette mais le bateau s’en rapproche et tout l’équipage seretrouve au cœur d’une tragédie :  ce ne sont pas des oiseaux mais des hommes et des femmes qui crient et luttent pour leur survie, s’agrippent au bateau, tendent des mains, des visages crispés. Il faut sauver ces vies  qui ont fui leur pays, la persécution et la tyrannie mais déjà des dizaines de cadavres flottent.

Ils en sauveront 47, plus que cette embarcation de plaisance conçue pour dix personnes ne peut en transporter, les ramèneront à terre où certains seront malades, d’autres dignes et silencieux, d’autres d’une pudeur qui nous rappelle que ces étrangers sont aussi nos frères.

L’Opticien de Lampedusa, c’est le récit poignant et véridique d’un sauvetage en mer réellement vécu, récit qui nous sensibilise au plus haut point car l’opticien (il ne portera jamais de prénom dans le livre), ce pourrait être vous, moi, nous tous dans ce bateau. Un autre bateau est passé, sans s’arrêter, dans cette mer pleine de vie et de mort. Et nous, que ferions-nous  car,  comme l’opticien, ne nous est-il pas arrivé de voir des choses et décidé de ne pas les voir ?

L’opticien de Lampedusa, c’est une parabole sur un homme qui a un éveil de conscience, sur un homme qui avait les yeux fermés, dont l’attention n’avait même pas été attirée par cette femme qui recueillait des vêtements pour les migrants dans cette île où il y en avait plus que d’habitants et qui n’avait rien à leur offrir.

L’Opticien de Lampedusa, c’est aussi le questionnement intérieur d’un homme qui s’interroge sur la nature équivoque de la mer à la fois généreuse et siège de tant de drames qui a une loi qui n’est pas celle des migrants, sur le devenir de ces vies écornées et blessées, sur l’indifférence politique de certains pays.

Faut-il vivre une telle mésaventure pour ouvrir les yeux, comprendre et agir ?

Emma-Jane Kirby est journaliste à la BBC. Elle a choisi, au lieu d’interviewer des migrants, de rencontrer des italiens ordinaires affectés par cette crise et d’en faire une série de reportages diffusés pendant six minutes sur la BBC. L’Opticien de Lampedusa a été le sujet d’un de ces reportages récompensé par le prix Bayeux-Calvados, lequel s’est transformé en ce magnifique petit livre que l’on referme en se disant qu’il nous aura peut-être aider à voir… C’est son métier, au fait ?                            MBM

 

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 Une allure folle

Une Allure Folle, Isabelle SPAAK – Editions des Equateurs (février 2016)

   Isabelle SPAAK est journaliste et écrivain. Elle est issue d’une grande famille belge. Son père Fernand SPAAK était un diplomate et son grand-père Paul-Henri SPAAK fut l’un des hommes d’état fondateurs de l’Europe.
   A l’âge de vingt ans la vie d’Isabelle vola en éclats lorsque sa mère Annie assassina d’un coup de carabine son mari volage, Fernand, puis se suicida ensuite par électrocution.  Des années plus tard, pour tenter de comprendre sa mère,pour mettre des mots sur cette tragédie familiale passée sous silence, Isabelle Spaak écrivit un premier roman ça ne se fait pas en 2004 qui lui valut le Prix Rossel (l’équivalent du prix Goncourt en Belgique).
   Dans Une allure folle, Isabelle Spaak  part sur les traces de sa grand-mère Mathilde. Elle visite les lieux où Mathilde et Annie ont habité en Belgique, en France, en Italie, pour tenter de mieux comprendre la vie et le destin de sa mère Annie, et par là même relier les fils de sa propre histoire. Grâce à des photos et du courrier retrouvé dans une malle l’auteur replace peu à peu les pièces du puzzle d’une vie hors du commun.
Dans la Belgique de l’entre-deux-guerres Mathilde mène grand train. Elégante, d’une allure folle,  elle s’amuse et voyage beaucoup. Mathilde est une demi-mondaine un peu extravagante, une cocotte, entretenue par plusieurs hommes de la bonne société. En 1920 elle rencontre un riche courtier maritime italien Armando. De cette union nait une fille, Annie, fille illégitime car Armando est marié et ne la reconnait pas. Père très souvent absent, il est cependant généreux. Mère et fille portent abusivement son nom. Leur vie est tissée de mensonges et de faux-semblants, mais aussi de fantaisie et de joie de vivre.  Mathilde impose sa fille dans la bonne société de Bruxelles. Annie n’apprendra la vérité sur son nom qu’au moment où elle s’apprête, encore mineure, à épouser Guillaume…elle tombe de haut ! Avec courage et pugnacité Annie obtient d’Armando, son père, qu’il l’adopte juste à temps pour que le mariage puisse avoir lieu et que l’honneur soit sauf.
   Du courage Annie en a à revendre comme l’attestent les rapports de Guillaume chef d’un réseau de résistance pendant la guerre. A sa fille elle a raconté qu’elle faisait des kilomètres à vélo dans les bois…  Puis le couple explose : Annie abandonne Guillaume et ses trois enfants, et épouse Armand dont elle aura aussi trois enfants. Isabelle Spaak est la fille d’Annie et d’Armand.
   Dans ce récit sensible, subtil, sans fioritures, l’auteur tente de capturer l’image et le souvenir de sa mère et de sa grand-mère dont les vies étaient si liées. Au fil de courts paragraphes où la narratrice passe souvent abruptement d’une époque à une autre, comme lorsqu’on regarde des photos de famille, se dessine le portrait de trois femmes fragiles et fortes, Mathilde, Annie et Isabelle. Avec pudeur et prudence elle s’approche de la mémoire interdite. Et puis, coup de théâtre, une lettre de YadVashem lui apprend que l’Etat d’Israël va honorer Annie du titre de Juste pour avoir sauvé des enfants juifs pendant la guerre. Le nom d’Annie, la criminelle, gravé sur le mur des Justes ? « Ma mère a repris figure humaine cet après-midi »  écrit-elle (p181)…

Isabelle SpaakJe vous recommande la lecture de ce beau roman autobiographique ! E.G. 1/07/16

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La fievre de l'aube    

La Fièvre de l’aube, Robert GARDOS – Robert Laffont (2016)
   Trois semaines après la fin de la guerre un bateau affronte les eaux de la Baltique en direction de la Suède. A son bord des soldats et des rescapés des camps, en très piteux état. L’un d’eux se nomme MiklόsGάrdos. Il a 25 ans, pèse une plume, est presque mourant car ses poumons sont ravagés par la tuberculose.
   Grâce aux soins prodigués à l’hôpital de Lärbro dans l’île de Gotland,Miklόs est passé de 29 kg à 47 kg, mais le Dr Lindholm est formel : au vu de ses radios Miklόs en a au mieux pour 6 mois à vivre.
Mais Miklόs a décidé qu’il allait vivre, qu’il allait se marier, et qu’il guérirait !
Il écrivit au Bureau Suédois d’enregistrement des réfugiés pour obtenir les adresses postales des jeunes filles et jeunes femmes originaires de Debrecen, sa ville natale en Hongrie, qui étaient soignées dans différents hôpitaux de Suède. De sa belle écriture il se mit alors à écrire 117 lettres, toutes les mêmes. Seuls les prénoms et noms de famille changeaient. L’une des destinataires était Lili Reich, âgée de 18 ans, soignée au camp de Smalandsstenar. Elle aussi est une rescapée de justesse des camps de la mort. Peu à peu Miklόs et Lili s’écrivent tous les jours. Miklόs en est maintenant sûr : c’est elle, Lili, sa future femme. Au fil des lettres échangées ils tombent amoureux. En dépit des obstacles à première vue insurmontables, la distance, leur santé très précaire à tous les deux, l’administration, le froid polaire… ils réussissent à se rencontrer.
   Première rencontre mémorable : Miklόs, qui est tombé dans un des trains, a cassé un verre de ses épaisses lunettes, qu’il a réparé avec du papier journal… Toutes ses dents sont en métal… Lili prend peur et demande à son amie Sάra de se faire passer pour elle. Au bout de quelques minutes, au milieu du parc qu’ils traversent, Miklόs dégage son bras de celui de la jeune fille, se tourne vers Lili qui marche en retrait et lui dit « C’est ainsi que je t’imaginais. Depuis toujours. En rêve. Bonjour, Lili ».
Toutes ces lettres échangées Lili les confia à son fils Péter cinquante ans plus tard. Péter n’en avait jamais rien su. Miklόs était alors décédé.
C’est un très beau roman vrai !
Robert GardosPeter Gardos est cinéaste. La Fièvre de l’aube est son premier roman qu’il a adapté lui-même au cinéma . E.G. 1/07/16
 
 
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Marrie Darrieussecq LGLth (1) Marie Darrieussecq  Etre ici est une splendeur  POL 2016

Le Musée d’art moderne de la ville de Paris consacre dès le 8 avril 2016, une exposition à Paula  Modersohn- Becker cette femme peintre allemande, si méconnue. Marie Darrieussecq a collaboré à cette monographie, s’ étonnant que Paris n ‘ait pas encore rendu hommage à Paula M.Becker . En C’est à Paris qu’ elle a fréquenté , au cours de nombreux séjours, l’avant-garde artistique et le Salon d’automne, fascinée par Cézanne, Van Gogh, Gauguin, Picasso… Paula Modersohn-Becker put développer son propre langage pictural, dans lequel transparaissent des éléments de fauvisme, d’expressionnisme, de cubisme, d’art japonais et même des inspirations bien plus anciennes. La force expressive de son œuvre résume à elle seule, avec une très grande simplicité, les principaux aspects de l’art au début du XXe siècle.
De nombreux voyages sur les traces de cette artiste originaire de Dresde, à Worpswede , village d’artistes, où elle vécut avec son mari, le peintre Otto Modersohn, à Londres, Berlin …l’étude de sa correspondance avec Clara Westhoff, avec Rilke très lié à Paula , bien qu’il ait choisi Clara comme épouse…ont passionné Marie Darrieussecq pour cette artiste, en quête comme Virginia Woolf, de liberté, d’influences artistiques modernes et surtout d’un lieu à soi pour se consacrer totalement à la création .
Méprisée par son entourage pour ne pas respecter la vocation d’épouse, de femme au foyer, peu appréciée pour ses audaces esthétiques à son époque ; son œuvre qualifiée même « art dégénéré » à l’instar de tous les expressionnistes allemands, fut exclue des musées à l’avènement du national-socialisme. !
Et pourtant comment ne pas s’extasier avec Marie-Darrieussecq sur cette femme qui mourut à trente ans, juste après avoir donné naissance à son bébé , en laissant un nombre important de dessins et de tableaux : de très étonnants autoportraits et des natures mortes, des paysages .
Marie Darrieussecq s’enflamme au cours de ce récit où glissent de plus en plus de critiques personnelles contre une société machiste qui n’a jamais reconnu aux femmes le droit d’exister en tant qu’ artistes : Paula Modersohn-Becker, s’affirme en tant que femme dans de nombreux autoportraits en se peignant dans l’intimité : l’une des premières à oser se peindre nue, sans aucune complaisance, toujours à la recherche de son moi le plus intime, mais c’est surtout son Journal qui révèle son désir de peindre et de peindre vite « des éclats de vie » et où elle confie son obsession «  devenir quelqu’un ». Marie-Darrieussecq dans un beau texte poétique, non seulement rend un bel hommage à la femme, à l’artiste, mais en exalte la splendeur d’être là .  S.D. 24/04/16

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iVa et poste une sentinelle mages Harper LeeVa et poste une sentinelle  Grasset , 2015  Harper Lee ses é romans images
Peut-être avez-vous lu le best-seller de l’Américaine Harper Lee  paru en 1960 Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ? Ce roman a eu un succès planétaire et est devenu pour les Américains un livre culte étudié dans les écoles et les universités. L’histoire se passe dans les années 30, pendant la période de la Grande Dépression, et de l’essor du mouvement des droits civiques pour les Noirs, dans une petite ville du sud des Etats Unis, en Alabama. Atticus Finch élève seul ses deux enfants, son fils Jem et sa fille surnommée Scout, d’une façon assez libérale, avec l’aide de la nounou noire Calpurnia. Atticus Finch est un homme intègre, un avocat blanc, qui se retrouve commis d’office pour défendre un Noir injustement accusé de viol par une jeune fille blanche. Pour Scout, la narratrice, petite fille délurée, pleine de vie, un peu garçon manqué, Atticus, c’est ainsi qu’elle appelle son père, est son modèle et son dieu.
La renommée du livre fut encore renforcée par le succès du film de Robert Mulligan « Du silence et des ombres » avec Gregory Peck dans le rôle d’Atticus Finch. Atticus Finch, l’incarnation de la vertu et du courage, fait partie de la liste des plus grands héros du cinéma américain.
On pensait qu’Harper Lee n’avait écrit qu’un seul roman, aussi la parution de Va et poste une sentinelle quelques mois avant la mort de l’auteure (elle est décédée en février 2016) a été une grande surprise pour tout le monde. Il ne s’agit pas, à proprement parler, de la suite de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Ce roman avait été écrit avant, mais n’avait jamais été publié.
Le titre choisi est un extrait d’une citation du prophète Isaïe : « Va et poste une sentinelle ; qu’elle annonce ce qu’elle verra ». Dans ce roman l’action se situe dans les années 50. Jean Louise Finch est une jeune femme de 26 ans qui vit maintenant à New York. Son surnom Scout appartient à son enfance heureuse à Maycomb dans l’Alabama. C’est là qu’elle se rend en train pour de courtes vacances, se réjouissant de revoir son père adoré Atticus, et aussi son ami Henry Clinton, qui compte bien réussir à l’épouser. Jean Louise n’a pas perdu l’anticonformisme et la liberté de parole de la petite Scout. Elle supporte toujours aussi mal les conseils de sa tante Alexandra et l’esprit étriqué de la société blanche de Maycomb. Par hasard, en rangeant des journaux laissés par son père, Jean Louise tombe sur un petit fascicule intitulé La Peste Noire. Elle le parcourt écœurée par le contenu épouvantablement raciste. Son malaise et sa révolte augmentent encore lorsqu’elle surprend son père et Henry participant à une réunion de l’association locale des défenseurs de la suprématie de la race blanche. Atticus, son avocat de père, si admiré est donc raciste ! Quelle désillusion ! L’affrontement entre le père et sa fille sera brutal et douloureux. Mais Atticus défend calmement ses idées « Souhaites-tu voir des cars entiers de Noirs débouler dans nos écoles, nos églises et nos théâtres ? Souhaites-tu les voir entrer dans notre monde ? »
La déségrégation est en marche dans les années 50. Dans le sud les relations sont extrêmement tendues entre les communautés. Il y a beaucoup de peur et de colère de part et d’autre. Même Calpurnia, sa nounou noire qui l’a élevée et choyée, ne veut plus avoir de contact avec elle. Atticus Finch est ici un personnage nettement plus ambigu ! Pour Jean Louise, et pour le lecteur, le héros est tombé de son piédestal…
Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur tenait un peu du conte, du roman initiatique. Va et poste un sentinelle, roman moins achevé sur le plan littéraire, est beaucoup plus complexe et politique.
Harper Lee brosse le portrait d’une société en pleine mutation, inquiète, révoltée, travaillée par des peurs et des fantasmes, où la question raciale est centrale. Ce portrait entre à bien des égards en résonance avec la situation sociale et politique actuelle aux Etats-Unis dans le contexte électoral présent .
Harper Lee XVM829786ec-d722-11e5-9ab5-0eba838120ed Je vous conseille de découvrir ce roman qu’Harper Lee écrivit en 1957, dont les thèmes sont troublants et actuels. E.G. le 7/ 04 /2016

 

Afficher l'image d'origine Philippe Claudel L’Arbre du pays Toraja Stock, 2016
Philippe Claudel surprend toujours par des romans d’inspiration singulière : ici pas de regard sur l’Histoire, pas de critique sociale, plutôt une œuvre intimiste, une réflexion philosophique sur le sens de la vie et de la mort .
Au retour d’un voyage en quête d’images pour un nouveau film, le narrateur découvre ce message de son producteur Eugène «  Tu vas rire, j’ai un vilain cancer » Un sourire de tristesse lui rappelle que depuis quelques années, il est encerclé par la mort, et qu’il a toujours essayé de ne pas y penser.
  Mais la cinquantaine venant, il ressent un désarroi certain, que comblaient jusqu’à présent les soirées avec son ex femme, toujours liés par une tendresse réciproque depuis que la mort de leur bébé les avait séparés . C’étaient aussi les conversations d’Eugène, leurs retrouvailles dans un grand restaurant, autour d’un bon repas, d’ excellent vin, à propos d’un film, d’un bon livre, que lui conseillait son joyeux compagnon, toujours avide de vivre, comme si le temps lui était compté.
Le roman pourrait prendre une tonalité tragique : comment continuer à vivre avec autant d’insouciance ? Comment lutter contre un sentiment d’accablement,  puisqu’il va falloir accompagner son ami dans l’urgence de la maladie, « payer son écot au drame humain »
C’est alors que le narrateur se rappelle Sulawesi, ses paysages d’un vert apaisant, ses parfums envoûtants, les gens souriants, dont l’existence est rythmée par la mort et qui lui ont fait découvrir sur un beau fond de silence, l’arbre remarquable, majestueux du pays Toraja : sépulture pour les enfants morts dès les premiers mois.
   Notre civilisation rejette la mort et pourtant combien de philosophes depuis l’Antiquité nous ont appris que philosopher c’était apprendre à mourir et qu’apprendre à mourir c’était apprendre à vivre, à aimer la vie !
Avec Eugène,lors d’une rémission, ils s’interrogent : « Quand donc tombons-nous malades ? Quand tout va bien ou quand tout va mal ? » Le monde médical reste perplexe, dans cet état de vacuité, seule une rencontre singulière, qui lui rappelle son amour du cinéma, va donner libre cours à son imagination , lui redonner le goût de la vie et le désir de transposer en images, ses interrogations sur l’action corrosive du temps, sur la métamorphose du corps .
Pour continuer à faire exister la maison de production d’Eugène, c’est à Michel Piccoli  qu’il choisit de proposer le rôle principal de son film, La Fabrique intérieure .
Philippe Claudel , avatar discret du narrateur, aborde avec tellement de naturel, d’élégance , et de révolte aussi , cette approche de la Mort, que c’est la Vie qui triomphe avec humour et poésie dans les moindres manifestations du quotidien : un beau livre, un excellent vin , le charme d’une rencontre, la sensualité d’un corps, la volupté d’un parfum, la valeur de la fidélité, la richesse de l’amitié jusqu’à la rencontre emblématique avec Kundera , et son Insoutenable légèreté de l’être, cher à Eugène. Une subtile mise en abyme de tout le roman, Une Vanité pour nous rappeler l’échéance inéluctable , une belle métaphore pour célébrer les plaisirs de la vie, de l’amour, de l’art, de la musique… autant d’émotions « pour calmer son cœur » et apaiser celui du lecteur par la magie d’une écriture poétique.
Ph Claudel l'Arbre du Pays Toraja « Ce livre devrait vous plaire »  S.D. le 16/02/16

Quand le diable sortit de la salle de bain - Sophie Divry , Quand le diable sortit de la salle de bain Noir sur Blanc (Notabilia) août 2015

Il y a des livres drôles qui ne le sont pas vraiment , encore moins lorsqu’ il s’agit de roman sociétal, comme La Condition pavillonnaire, avant-dernier roman de Sophie Divry .
Si de nombreux romans en cette rentrée littéraire, traitent de la précarité et de la panne d’inspiration : souvent le narrateur écrivain vit de façon douloureuse, voire tragique les affres de la page blanche et la dérive sociale qui le guette.
Sophie Divry tente cette gageure : Quand le diable sortit de la salle de bain, est en revanche un livre drôle, souvent loufoque, voire délirant, autant que le suggère le titre, sur ce sujet grave .
La narratrice au chômage, un écrivain aux abois, en panne d’inspiration, court après les piges , son éditeur lui réclame le prochain manuscrit, ses allocations tardent et ne couvrent pas ses factures impayées, loyer, électricité… quand l’huissier débarque dans sa vie, un matin, pour saisir le peu qu’elle possède.
Que faire ? Retourner se refaire une santé dans sa famille où l’on a toujours eu peu de considération pour son travail, où elle va se retrouver confrontée à la sempiternelle question : Ecrivain ? Est-ce un métier ? Non , plutôt revenir se réfugier dans la salle de bain, où rien n’a été enlevé et tirer le diable par la queue, tout en cherchant de petits boulots peu gratifiants et une nouvelle inspiration  plus lucrative : un conte un peu mièvre pour enfant  ? Un roman d’un érotisme torride ? Le récit des histoires d’amour de son ami Hector,  obsédé par le désir de conquête?
Cédant aux folles tentations de son démon Lorchus , Sophie Divry , improvise avec humour, joue avec l’écriture, trouve un langage, ruse avec le burlesque, invente  une forme romanesque originale et truculente pour exprimer avec ironie, les délires, le malaise et le mal-être de ceux qui tombent et basculent très vite dans les galères de la précarité et de la recherche d’emploi.
« Ce roman raconte une histoire : sans prétendre dresser un tableau objectif du chômage, je voulais que ce livre reflète quelque chose de nos misères contemporaines, quelque chose d’à la fois prosaïque et urgent, du ressort de la nécessité économique. » dit-elle.

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Un objet littéraire non identifié, qui vient d’obtenir le Prix Trop Virilo, subversif et rutilant comme sa couverture , mais tellement drôle que le diable en rit encore ! S.D 12/12 /2015

 

Image result for camille mon envolee Camille mon envolée, Sophie Daull, Philippe Rey (août 2015)

Nous sommes à quelques jours de Noël. Camille, belle adolescente de seize ans sort de son club de théâtre avec des amis, rentre à la maison,  commente avec enthousiasme son spectacle avec sa maman. Elle est certes un peu fièvreuse mais rien de grave, 38 ° et la tête lourde.  Elle se couche mais ne se relèvera jamais. Quatre jours de fièvre intense et de douleurs. Les médecins, le Samu, les urgences ne prennent pas cela au sérieux : c’est la grippe, faites-lui prendre du Doliprane et ça passera. Sophie, sa mère, doute, elle sent qu’il se passe quelque chose de beaucoup plus grave dans le corps de son enfant unique et lorsque son inquiètude est enfin considérée, il est trop tard, Camille décèdera pendant son transport à l’hôpital.
Peut-on imaginer scénario plus sombre dans la vie de parents désemparés et dévastés à une période de l’année où tout scintille et s’illumine ? Camille s’est envolée à la  veille de Noël et  à quelques semaines de son bac blanc mais Sophie Daull va s’envoler aussi, avec sa plume, pour apaiser sa douleur et redonner vie à sa fille par l’écriture. «  Ecrire » dit-elle, « c’est te prolonger, être avec toi, avant que tout s’évanouisse et que l’oubli se glisse en amorce au coin de la page ».
Encore un livre sur le deuil, penserez-vous  mais il n’est pas comme les autres. Poignant, certes, il ne peut en être autrement mais pas du tout larmoyant. C’est un texte courageux, pur, d’une certaine beauté littéraire. Un vrai tour de force que réussit Sophie Daull en trempant sa plume dans le regard de sa fille, franc, droit, lumineux.
Il n’est pas question de nous faire pleurer, mais simplement de vivre avec Camille et sa maman, les dernières heures et les mois d’après, pourtant insupportables mais aussi tous leurs moments d’amour et de complicité, leurs engueulades et leurs fous rires.
Il y a tant de force, de sensibilité et de résistance à la douleur dans ce récit où l’humour a également sa place, qu’il semble que Sophie Daull ait écrit cette partition sublimée par l’émotion, non pour envelopper sa fille dans un linceul de mots, mais tout simplement pour la faire revivre. MBM
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 Un homme en fuite 9782221146767 Un Homme en fuite, Patrick Poivre d’Arvor, Robert Laffont (2015)
Aurélien est chirurgien à Tours. Sa renommée est grande. On le surnomme même l’homme aux doigts d’or. Un matin, il doit opérer le petit Arthur atteint d’une malformation cardiaque. Arthur est son premier patient. L’intervention commence et Aurélien s’évanouit en opérant. Arthur meurt.
Les investigations commencent, une enquête se met en place, les tests sanguins montrent la présence d’alcool dans le sang d’Aurélien. Et là, tout s’écroule. Il est poursuivi par sa clinique et l’ordre des médecins qui le radie pour un an. Aurélien reste hanté par l’image du petit Arthur qui est devenu un fantôme, il lui rend visite tous les jours au cimetière. Le grand-père du petit le harcèle, plus que ses parents, rongés par le chagrin.
Pour Aurélien, la seule solution : Fuir… avec la honte pour seul  bagage.  Il quitte donc son domicile, laissant sa femme sans nouvelles et part pour Arcachon où des amis pourront l’accueillir. A Bordeaux, il fait étape,  ne peut s’empêcher de rentrer dans le CHU et se fond parmi les patients ou visiteurs. Ses yeux s’arrêtent sur une affichette qui réclame des « nez rouges », ces clowns bénévoles qui distraient des enfants gravement hospitalisés. Isabelle, une jeune infirmière pleine de charme, va donc l’embaucher  et il va particulièrement s’attacher à Bastien, un petit patient atteint d’un cancer incurable. Une tendre amitié va se nouer mais l’état du petit impose l’absence de visites pour quelques jours et Aurélien qui commençait à s’attacher sent qu’il est temps de fuir à nouveau.  Il reprend  sa vie d’errance, s’installe à Paris où, logé dans une chambre de bonne, il se livre à l’alcoolisme et au désoeuvrement.
Puis un beau jour, un coup de téléphone d’Isabelle : Bastien est mort mais ses parents sollicitent Aurélien pour s’occuper de leur fils aîné, Frédéric, parfaitement intelligent mais qui refuse de parler depuis l’âge de quatre ans. Il accepte cette mission certes difficile mais qui va le transformer et lui faire reprendre goût à la vie.
L’image de cet homme en fuite qu’il s’était forgée va peu à peu s’effacer . Il va renaître et faire renaître. Doit-on fuir pour oublier, n’est-on pas toujours poursuivi par son passé ? Etait-elle vraiment pour Aurélien la forme de tranquillité ?
Patrick Poivre d’Arvor construit son roman autour de thèmes particulièrement douloureux dans lequel il met en scène un homme sensible et bourré de remords qui va connaître, à travers cette épreuve, de formidables révélations.
La fuite était-elle le véritable remède ?…      MBM juin 2015

Academy street 51L6AuqM4fL._SX195_ Mary Costello,  Academy Street , Editions du Seuil

Entourée de ses frères et sœurs, Tess vit en Irlande,  à Easterfields,  la propriété agricole de sa famille. Sa mère bien-aimée meurt lorsqu’elle a 7 ans .  Tess reste jusqu’à sa majorité dans le domaine familial, auprès d’un père mutique et sombre ,  elle  obtient un diplôme  d’infirmière . Sa tante Molly, qui vit à New-York, la fait alors venir auprès d’elle .
Quel changement  dans la vie de Tess ! Elle s’accoutume vite au tourbillon de la vie américaine , au confort urbain , elle se sent heureuse dans le milieu irlando-américain qu’elle côtoie, grâce à son amie Anne, avec laquelle elle loue un appartement .
Un jour ,lors d’une fête elle rencontre celui qu’elle pense lui être destiné , David , d’origine irlandaise lui aussi .Elle le reverra , apprendra qu’il s’est engagé dans l’US Air Force , mais il ne donne plus signe de vie et elle se découvre enceinte .
Théo , le bel enfant qui lui naît, grandit pour la joie de Tess . Willa –sa voisine  noire au grand cœur-a pris  la jeune femme sous son aile . Théo grandit et, lui aussi , la laisse à sa solitude, il prend femme  . Tess a vieilli , la compagnie d’un homme lui manque cruellement . Elle retourne une fois à Easterfields , mais ne reconnaît pas les lieux de son enfance .
C’est pourtant à la fin de sa vie qu’elle connaît la plus grande déchirure…
Cette histoire « simple » est portée- sublimée dirais-je- par une écriture limpide , sobre, faite de pudeur et  d’émotion . La finesse d’analyse nous fait sentir au plus près les sentiments de Tess .
Résultat de recherche d'images pour "academy street"    Un livre poignant, un bijou.         E.M. mai 2015

La Vie des elfes index Muriel Barbery  La Vie des elfes Gallimard  15 mars 2015 Lire la suite …

 

 

je vous écris dans le noir index Jean-Luc SEIGLE, Je vous écris dans le noir Flammarion 2015

Je vous écris dans le noir, tel est le titre du roman de Jean-Luc Seigle, paru chez Flammarion en 2015. Ce sont les premiers mots d’une lettre  adressée par Pauline Dubuisson au Président de la cour d’assises la veille de son procès.
Pauline Dubuisson, ce nom ne vous est peut-être pas inconnu. Une jeune étudiante en médecine de bonne famille qui tue de trois balles de revolver son ex-fiancé Félix, et à 21 ans est condamnée à la prison à perpétuité au terme d’un procès hyper-médiatisé. Cela se passe en 1953. Les passions se déchaînent car, circonstance aggravante, Pauline a été tondue au moment de l’épuration en 1944, et déjà condamnée à mort. Elle n’avait alors que 16 ans…
Au bout de 9 ans d’incarcération Pauline est libérée, elle reprend ses études de médecine sous un faux nom, puis elle part se réfugier au Maroc, loin de la France où son histoire est à nouveau salie par un film à charge La Vérité de H.G. Clouzot avec Brigitte Bardot.
Dans son avant-propos l’auteur écrit : « Hélas, c’est sur ce temps-là que les biographes ont organisé le récit de sa vie et le font converger, ils s’en tiennent aux faits, la chargent et la condamnent à leur tour…L’histoire de Pauline, comme toutes les histoires, ne peut donc pas se raconter uniquement sur les faits, elle doit s’établir sur les silences de sa vie qui ne contiennent pas seulement son enfance et ses rêves mais les silences de son enfance et les silences de ses rêves. »
A Essaouira Andrée Dubuisson – elle a pris le prénom de son père – commence une nouvelle vie très discrète, consacrée à la médecine. Elle se reconstruit peu à peu. Elle renaît car elle aime et est aimée de Jean, qui lui demande bientôt de l’épouser. Comment lui dire la vérité ? Se détournera-t-il d’elle comme l’a fait Félix ? Elle décide de lui écrire.
Le roman est constitué des trois cahiers qu’elle rédige dans le calme de sa petite maison lumineuse. Elle se replonge dans son passé tragique et sombre : jeune fille très intelligente, indépendante, voulant être aimée, dans une famille amputée de ses deux frères aînés, par la guerre, une mère nourricière effacée et  un père vénéré, son héros, qui pourtant la présentera lui-même à l’officier de la Wehrmacht dirigeant l’hôpital… cette liaison sera le début de l’engrenage funeste qui broiera sa vie.
Jean-Luc Seigle, qui écrit à la première personne, a su admirablement exprimer la sensibilité et la personnalité complexe de Pauline, coupable certes, mais aussi victime des hommes. Il a su trouver les mots, et la juste distance pour dire l’indicible : le corps bafoué, blessé, et le silence pour continuer à vivre. En donnant sa vérité de romancier il a rendu à Pauline sa dignité humaine.  E.G.  22/03/2015
pauline dubuisson images
Amour imagesLéonor De Récondo, Amours Sabine Wespieser 2015
Victoire s’ennuie auprès d’Anselme, l’époux que lui a choisi sa mère. Malgré les réceptions mondaines qu’il organise à son intention, rien ne peut combler son manque d’enfant.
Anselme est notaire dans un village du Cher et consacre le plus clair de son temps à l’étude de ses dossiers ; il s’autorise aussi parfois à franchir le seuil de la chambre de la jeune et jolie Céleste qui est au service du couple, et qui n’ose refuser les assauts de son maître de peur de perdre son emploi . Victoire n’ignore pas les infidélités de son mari et ferme les yeux.
Un enfant va naître de cette liaison non consentie. Victoire saisit l’occasion de cette naissance pour s’approprier le bébé, arguant auprès de Céleste que le couple pourra lui offrir une vie meilleure. Cet enfant réunit les deux jeunes femmes dans une relation tendre, sensuelle qui plongera Céleste dans un destin tragique.
Ce roman a pour cadre un milieu bourgeois du début du XIX ème siècle.
Il traite avec finesse, pudeur et délicatesse de sujets d’une saisissante actualité.    M.D. 25/02/2015

Maylis de Kerangal Réparer les vivants  2014, juin( Verticales)
Ce livre que je ne voulais pas lire, je l’ai finalement ouvert et je ne l’ai plus lâché !
Simon Limbres a 19 ans, il est passionné par le surf, la mer, les déferlantes, là-bas, sur la côte normande. Sa bande de copains partage cette passion et tôt le matin ils partent en van pour s’y adonner.
Pierre Revol anesthésiste-réanimateur, et Cordelia Owl  infirmière , oeuvrent ensemble dans un hôpital du Havre. Passion pour ce métier, pour eux  aussi,  métier-sacerdoce.
Voici maintenant Marianne, la mère de Simon, le surfeur. Pierre Revol l’a appelée. Sous la plume de M de Kerangal, l’entrevue qu’elle a avec le réanimateur nous bouleverse. Car la petite bande de surfeurs a été accidentée, Simon est en état de mort cérébrale, et , lentement, inexorablement, Marianne s’imprègne de cette intense douleur.
Apparaît alors dans le roman, Thomas Remige, infirmier- réanimateur, maître en philosophie par ailleurs , l’un des 300 coordinateurs français en prélèvements d’organes.  Thomas aime l’opéra, il chante toute la journée , il est le maître d’un chardonneret qu’il est allé acheter en Afrique du Nord ; plutôt, le chardonneret est son maître. Thomas, c’est une sorte d’ange rédempteur. Il est le plus lumineux des beaux personnages de ce roman. A pas,  à mots feutrés, dirais-je, délicatement, il va tenter de convaincre Marianne et Sean, le père de Simon, pour qu’ils acceptent  le don fou, déchirant, des organes de leur fils.
Alors, l e rythme s’accélère, les mots se déroulent et  les rouages se mettent en place, mais, au-delà de la technicité, ces rouages sont des êtres humains qui se nomment Marthe, Rose, Virgilio, Harfang, et, aussi, Claire la receveuse du cœur de Simon. Tous ont une histoire personnelle, mais, pour quelques heures, cette histoire va se dissoudre dans l’histoire collective et haletante de la transplantation.
Et puis, la vie quotidienne  est toujours là, au travers d’une cloche d’église, des images de Lou, la petite sœur de Simon, ou de Juliette, son amie de cœur. Magie de l’écriture de Maylis de Kerangal .
Ne manquez pas ce roman, lecteur, c’est un hymne à la vie, un poème aussi.  E.M.janvier 2015
 Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Gallimard 2014  un des plus beaux romans de Patrick Modiano paru, bizarre coïncidence, alors que L’Académie suédoise lui décernait, le 9 octobre 2014, Le Prix Nobel de Littérature « pour son art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l’Occupation ». Lire la suite …

 Kaori EKUNI Dans la barque de Dieu Editions Philippe Picquier) 2013

C’est l’histoire d’une mère Yoko et de sa fille Soko. Elles vivent en vase clos, toutes les deux avec la présence d’un troisième personnage omniprésent le papa de Soko, l’amour inoubliable de Yoko, il est présent dans l’esprit de la mère mais il est absent physiquement.

Elle vit dans cet amour exclusif, elle ne veut pas se lier à cause de lui, car dit-elle » j’ai l’impression que si je me lie quelque part, je ne le reverrai jamais ». Elle a rompu avec sa famille et ses amis pour s’embarquer avec sa fille « Dans la barque de Dieu », c’est à dire qu’elle remet son destin dans les mains du hasard. Elle entraîne sa fille dans ses errances. Elle déménage chaque année. En grandissant Soko ne voudra plus vivre dans ce monde hors de la réalité où se complait sa mère. Cela ne sera pas sans dommages pour Yoko…

Douceur des sentiments, finesse de l’analyse psychologique, poésie sont au rendez-vous de ce roman sur l’étrangeté d’un amour qui perdure malgré l’absence.  J.B.

 

 

 

 

Jean Lebrun  Notre Chanel   Ed. Bleu autour, mai 2014  Lire la suite …

 

Le Sourire des femmes - Nicolas Barreau Nicolas Barreau Le Sourire des femmes trad de l’allemand par Sabine Wyckaert Héloïse d’Ormesson , 2014 Lire la suite..
 

  Laura Moriarty, Un Eté avec Louise, Editions Fleuve Noir 2013 Lire la suite …

 

Jean Christophe Rufin   Le Collier rouge   Gallimard 2014 Un éclairage nouveau sur la guerre de 14-18 ? Un beau roman plein d’humanité et d’humanisme. Lire la suite …

Fugue polonaiseBeata de Robien, Fugue polonaise, Albin Michel (2013) Prix CBPT 2014 Lire la suite …

Tout cela n'a rien à voir avec moiLire la suite ,,

  Sorj Chalandon, Le Quatrième mur, Grasset  Lire la suite …

Dans le Silence du Vent  Louise Erdrich, Dans le silence du vent, traduit de l’américain par Isabelle Reinharez (The Round House) Albin Michel (2013)  LIre la suite …

Marseille,Vendredi 26 juillet 2013  : Rencontre autour de Nina Simone   Lire la suite …

Prix CBPT 2013 Marie Sizun Un Léger déplacement Arléa Lire la suite …
La disparition de Jim Sullivan de Tanguy VielTanguy Viel, La Disparition de Jim Sullivan  Editions de Minuit (mars 2013 )  Jubilatoire!!! Lire la suite …

04-03-2013a[1]Erik Larson, Dans le jardin de la bête  Le Cherche Midi 2012 Documentaire passionnant qui se lit comme un roman d’espionnage ou un  thriller!!! Lire la suite

Scholastique Mukasonga, Notre-Dame du Nil, Gallimard 2012 Lire la suite …