Philip Roth, la mort d’un géant de la littérature américaine Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox Mis à jour le 23/05/2018 à 10H31,

 

 

Philip Roth, la mort d’un géant de la littérature américaine

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox

Mis à jour le 23/05/2018 à 10H31, publié le 23/05/2018 à 08H28

Philip Roth est mort mardi à 85 ans. Géant de la littérature américaine et mondiale, l’écrivain est mort six ans après avoir arrêté l’écriture et sans jamais avoir obtenu le Prix Nobel pour lequel il avait été si souvent cité.

Observateur lucide de la société américaine et de ses travers, ce natif de Newark (New Jersey) avait été régulièrement pressenti pour le Nobel de littérature, sans jamais l’obtenir. Il est notamment l’auteur de « Pastorale américaine » qui lui vaudra le prix Pulitzer en 1998. C’est le livre « Portnoy et son complexe » qui l’avait révélé au grand public en 1969, un ouvrage qui avait fait scandale, à la fois pour ses descriptions sexuelles très crues et sa façon d’aborder la judaïté.
Ces deux thèmes resteront présents dans la majeure partie de son oeuvre. Il sera plusieurs fois publiquement critiqué par des figures du judaïsme pour ses écrits sur la judaïté. Son style acéré et sarcastique aura marqué plusieurs générations de lecteurs ainsi que sa propension à mêler fiction et réalité, appuyant beaucoup de ses romans sur sa propre expérience. Il évoquait ainsi régulièrement dans ses livres le quartier de Weequahic, à Newark, où il a grandi, avant que des émeutes raciales en 1967 ne transforment la ville, vidée d’une bonne partie de ses habitants blancs. Celui qui partageait sa vie entre Manhattan et le Connecticut avait annoncé sa décision d’arrêter d’écrire en 2012. « Raconter des histoires, cette chose qui m’a été si précieuse durant toute mon existence, n’est plus au coeur de ma vie », expliquait-il au journal français Libération. « C’est étrange. Jamais je n’aurais imaginé qu’une chose pareille puisse m’arriver »

Un observateur avisé de la vie politique américaine

Peu attiré par les mondanités et les interviews, Philip Roth était un observateur avisé de la vie politique américaine. Il avait critiqué George Bush fils, « un homme incapable de faire tourner une quincaillerie, sans parler d’un pays comme celui-ci » (les Etats-Unis), selon lui, avant de soutenir Barack Obama. Plus récemment, il s’en était pris plusieurs fois à Donald Trump, qualifié de « menteur compulsif, un ignorant, un fanfaron, un être abject animé d’un esprit de revanche et déjà quelque peu sénile », dans un entretien au quotidien français Libération.

Josyane Savigneau : le prix Nobel « était devenu un gag » 

Le prix Nobel de littérature, qui a toujours snobé Philip Roth, « était devenu un gag pour lui », a affirmé mercredi l’écrivaine Josyane Savigneau. « Chaque année on en parlait, c’était devenu drôle », a déclaré sur France Inter la journaliste. amie de l’écrivain qui lui rendait régulièrement visite, et à laquelle il avait accordé un rare entretien pour le quotidien Libération en septembre 2017. « Le Nobel a quand même raté beaucoup de grands écrivains, n’est-ce pas? Proust, Joyce… je ne ferai pas toute la liste. (…) Et quand il a écrit ‘La Bête qui meurt’, qui est un livre assez sexuel, son agent l’a appelé : dis donc, tu viens encore de rater le Nobel! », a-t-elle raconté.

L’Américain a connu à la place à un autre honneur, en France, celui d’entrer de son vivant dans la collection la Pléiade, en 2017 à 84 ans. « Il était très content d’être dans la Pléiade. En octobre je lui ai apporté sa Pléiade. Il ne lit pas le français mais il était vraiment content », a rapporté Mme Savigneau.

David Simon : « A 85 ans, il était plus précis et pertinent, plus affûté intellectuellement et spirituel que n’importe qui »

« Kaddish (prière funéraire juive) pour Philip Roth, le grand romancier américain de notre monde d’après-guerre », a tweeté le scénariste David Simon (« The Wire » et « Treme » notamment). L’auteur a expliqué avoir rencontré l’écrivain il y a quelques mois pour discuter d’une adaptation télévisée de son roman « Le complot contre l’Amérique ». « A 85 ans, il était plus précis et pertinent, plus affûté intellectuellement et spirituel que n’importe qui, quel que soit son âge », a-t-il ajouté. « Quel esprit merveilleux et rigoureux. »