Une semaine exceptionnelle

double Tremblay Rolin
Une semaine exceptionnelle à la bibliothèque de Bourges :
14 et 17 juin 2016 , Rencontre avec deux écrivains et une éditrice  !

 

    Au Livre Paris 2016, l’une d’entre nous avait pu inviter Olivier Rolin pour venir présenter à nos lecteurs Veracruz , objet littéraire original plus que roman, tellement différent de ses derniers livres . La rencontre devait clore notre saison de Cercles de Lecture le vendredi 17 juin .
    A l’A.G. le 11 mai , nous étions plusieurs à Paris, impatientes de féliciter Alice Déon, déjà venue à Bourges en 2010 présenter sa maison d’édition, LaTable Ronde . Larry Tremblay, Prix CBPT 2016, retenu au Québec par la mise en scène de son adaptation de L’Orangeraie, a répondu par Skype aux questions de Philippe Lefait, qui n’a pas vraiment fait participer Alice Déon à cette interview. Nous étions tellement déçues de ne pas l’avoir entendue, que nous nous sommes ensuite précipitées pour lui demander comment elle avait découvert ce roman que nous avions tellement apprécié.
Avec humour et son charmant sourire : « Invitez-moi à Bourges et je vous le dirai … ! » Comment ne pas sauter sur cette occasion inespérée, d’autant qu’elle nous a immédiatement suggéré une date où elle pourrait même venir avec Larry Tremblay, de passage en France début juin . Le 14 juin semblait la seule possibilité pour elle, sous réserve de l’accord de Larry Tremblay.
Le soir même, elle avait sa réponse enthousiaste …il ne nous restait plus qu’à convaincre notre équipe de cette chance exceptionnelle pour mobiliser toutes nos énergies : trouver une salle, faire passer l’information par mails, voie de presse, affiches, bouche à oreille etc.. en un temps record.
    Rebondissement de cette belle aventure  : le 14 juin, grève générale à la SNCF , après plusieurs échanges, Alice Déon décide de louer une voiture pour répondre à nos attentes … !
    Le public habituel d’une soixantaine de personnes était aussi au rendez-vous .
    Alice Déon, précise qu’il y a peu de diffusion d’écrivains francophones du Québec en France, et que c’est grâce à la Librairie Gallimard de Montréal, qu’elle a découvert Larry Tremblay et décidé d’éditer L’Orangeraie .
    Larry Tremblay, lui, nous interroge «  Comment se fait-il que les conflits ethniques ne trouvent pas de solution ? » Il faut y répondre par une œuvre littéraire , la question du mal l ‘intéresse depuis ses débuts de dramaturge : « parce qu’on enseigne la haine, par la transmission de valeurs de générations en générations ». Avec L ‘Orangeraie , il s’inspire de l’actualité la plus brûlante pour en faire un conte philosophique: il laisse les personnages s’installer en lui, puis le texte se transforme, il les questionne pour les amener à dire leur vérité qui constitue la trame de l’histoire. Il est clair que ce roman bouleverse le lecteur, suscite une émotion par la sobriété de son écriture poétique et provoque un débat sur le phénomène de la radicalisation :  « la guerre efface les frontières entre le monde des adultes et celui des enfants » .
Fallait-il redouter que notre public boude la seconde rencontre de la semaine ?

 

    Olivier Rolin est un écrivain certes peu médiatique, plutôt voyageur solitaire : il revenait d’ailleurs de l’île Sakhaline , mais très apprécié pour ses romans toujours originaux par le thème et l’écriture .
Veracruz, récit à la manière d’un puzzle, très noir, âpre et violent, d’une sensualité brutale, crée une sensation d’étouffement , annonciateur du cyclone , enchâssé dans une histoire lumineuse , sorte d’invitation à un voyage initiatique au Mexique profond « ce que je voulais faire, je ne le sais pas vraiment, si ce n’est que j’ai mis vingt-cinq ans à l’écrire »
Olivier Rolin, à l’instar de Larry Tremblay n’écrit pas pour plaire au lecteur, ni pour lui donner des leçons, mais pour qu’il soit attentif, troublé , dérangé, qu’il s’interroge sur le sens de l’écriture qui lui procure de telles émotions .
    N’était-ce pas une semaine exceptionnelle qui a suscité beaucoup d’effervescence à Bourges et à la bibliothèque, avec « une vitrine exceptionnelle » , elle-aussi fort regardée, qui rapprochait ces deux écrivains et qui a suscité surprise et admiration pour Larry Tremblay, Alice Déon et Olivier Rolin .
Quelle semaine époustoufflante, grâce à eux  : quel bonheur donné à nos lecteurs et à tous ceux qui assistaient à ces rencontres qui nous ont permis de comprendre encore mieux l’essence de leur roman et le sens de leur démarche littéraire. N’est-ce pas vraiment formidable de pouvoir échanger avec des auteurs que nous aimons, qui venaient de si loin. Cela y a ajouté un brin d’exotisme ! Et qui plus est, l’un d’eux accompagné de son éditrice, que peut-on rêver de mieux quand on est bibliothécaire ?
S.D. au nom de l’équipe des bibliothécaires

Vitrine Semaine exceptionnelle  Larry Tremblay Olivier Rolin